- 13
ZAO WOU-KI | 21.03.69
Description
- 趙無極
- 21.03.69
- signé, signé en chinois; signé, titré et daté 21.3.69 au dos
- huile sur toile
- 130 x 81 cm; 51 3/16 x 31 7/8 in.
- Executed in 1969.
Provenance
Acquis auprès de celle-ci par le propriétaire actuel
Exhibited
Montauban, Musée Ingres, Zao Wou-Ki ou se libérer du connu, 25 juin - 16 octobre 1983; catalogue no. 27
Literature
Jean Leymarie, Zao Wou-Ki, New York, 1979, p. 297, no. 391, illustré
Jean Leymarie, Zao Wou-Ki, Paris, 1986, p. 337, no. 423, illustré
Pierre Daix, Zao Wou-Ki, l'oeuvre 1935-1993, Neuchâtel, 1994, p. 115, illustré en couleurs
Condition
"In response to your inquiry, we are pleased to provide you with a general report of the condition of the property described above. Since we are not professional conservators or restorers, we urge you to consult with a restorer or conservator of your choice who will be better able to provide a detailed, professional report. Prospective buyers should inspect each lot to satisfy themselves as to condition and must understand that any statement made by Sotheby's is merely a subjective, qualified opinion. Prospective buyers should also refer to any Important Notices regarding this sale, which are printed in the Sale Catalogue.
NOTWITHSTANDING THIS REPORT OR ANY DISCUSSIONS CONCERNING A LOT, ALL LOTS ARE OFFERED AND SOLD AS IS" IN ACCORDANCE WITH THE CONDITIONS OF BUSINESS PRINTED IN THE SALE CATALOGUE."
Catalogue Note
« Zao Wou-Ki avance dans les failles, les interstices, dans l’impensé du monde, dans le monde dépouillé d’avant les traditions mais avec leurs armes, avec leurs yeux. Un monde rupestre où il convoque le monde d’en-haut et où il fait surgir une nouvelle lumière. »
Dominique de Villepin
La peinture de Zao Wou-Ki est à la fois universelle et profondément chinoise. Rencontre de l’orient et de l’occident, elle s’inscrit aussi bien dans la lignée immémoriale de la grande peinture de son pays natal que dans l’abstraction lyrique qui prend son essor après la Seconde guerre mondiale dans son pays d’adoption. Entré à quatorze ans à l’école des Beaux-Arts de Hangzhou, où il apprend les techniques traditionnelles tout en admirant les œuvres de Cézanne, Picasso et Matisse qu’il découvre sur des cartes postales, Zao Wou-Ki se construit dans une dualité qui donne à son œuvre un supplément d’âme.
Orchestrant dès ses années de formation les vides et les pleins à la manière des peintres Song mais critiquant leur peinture qu’il juge conventionnelle et limitée ; choisissant de peindre à l’huile, comme les européens, mais refusant de se plier aux règles de la perspective, clef de voûte de l’art occidental : il faudra près de vingt ans à Zao Wou-Ki avant d’arriver à réconcilier les passions contraires qui l’animent.
Le 21 mars 1969, alors qu’il achève cette magistrale composition, Zao Wou-Ki s’est enfin libéré. A force de travail et de recherche, il s’est finalement rapproché de sa lumière propre en acceptant l’héritage de ses ancêtres qui lui a été légué à travers l’enseignement de ses professeurs de l’académie des Beaux-Arts de Hangzhou mais aussi celui de son grand-père paternel, lettré de l’empire Qing.
La rupture initiale consommée, le vacarme originel a laissé place à l’unité du monde. Ainsi se dessine sous nos yeux la parfaite symbiose entre les paysages Song dont Zao Wou-Ki appréciait l’aspect flottant et élémentaire et les tableaux de Rembrandt dont il admirait « la matière, là où on voit les mouvements du pinceau », construisant « un espace riche, complexe et en même temps économique. » Comme il l’explique dans ses mémoires écrites en collaboration avec Françoise Marquet, la seconde partie des années 1960 est une période bénie pour Zao Wou-Ki. L’artiste est au sommet de son art, il a « vaincu la surface du monde », et par là-même pénétré dans son propre coeur. C’est alors que les réminiscences d’une autre époque, celle de son enfance, « d’avant le Déluge » comme le souligne Dominique de Villepin dans un très beau texte consacré à la peinture de Zao Wou-Ki intitulé Le Labyrinthe des Lumières, surgissent de ses tableaux comme des invitations au voyage. Un voyage dans le temps et l’espace, à la découverte d’un monde de formes, intérieur et céleste que dépeint magistralement 21 mars 1969.
Dans ce tableau symbolisant, comme nous venons de l’évoquer, la véritable réconciliation qui de tout temps devait avoir lieu entre la Chine et l’Occident et dans l’attente de laquelle la peinture chinoise demeurait depuis plus d’un siècle, selon les mots de l’écrivain François Cheng dans L’ultime bonheur de peindre de Zao Wou-Ki, l’artiste sonde le mouvement. Avec sa palette toute en nuances et sa trajectoire lumineuse unique renforcée par la dynamique de couleurs qui se nourrissent les unes des autres, 21 mars 1961 incite à la contemplation. Sans repère fixe, le regard se déplace sans cesse, dans l’attente d’une révélation. Faut-il aller des ténèbres à la lumière ? Ou de la lumière aux ténèbres ? En distillant savamment huées de lumière pure et ombres opaques, Zao Wou-Ki confère à 21 mars 1969 quelque chose de sacré. Dans une exigence toujours perfectionniste, l’artiste se sert une fois de plus de l’un des apports essentiels des compositions classiques chinoises, la constructions en voiles successifs, pour octroyer une aura de mystère à une oeuvre abstraite qui pourrait bien figurer le ciel d’un des premiers matins du monde. Car, il ne faut pas l’oublier, « ce qui est abstrait pour vous, écrit Zao Wou-Ki, est réel pour moi. »